Les papas à l’école!

Un récent reportage de Radio-Canada Estrie nous informait de l’existence d’une initiative fort intéressante à l’école Jardins-des-Frontières de Stanstead. Ainsi, les pères qui le veulent ont la chance, ponctuellement, de passer une journée à l’école de leur enfant, dans la classe de celui-ci ou dans une autre. Soutenue par une direction très heureuse de l’idée (proposée par un père) et visiblement appréciée par le personnel enseignant, cette initiative mérite d’être soulignée et invite à s’attarder au rôle du père dans le cheminement scolaire des jeunes. Cette question est pertinente, car encore aujourd’hui, le père n’est souvent pas celui qui s’implique le plus dans le volet scolaire de la vie familiale. Heureusement, les choses évoluent, d’autant que les effets positifs d’un engagement paternel soutenu sont bien reconnus.

Un rôle très bénéfique

Plusieurs études ont montré de façon convaincante qu’un père engagé auprès de ses enfants a une incidence positive accrue sur ce qui se passe à l’école. C’est le constat qui ressort d’une recension d’études qu’ont faite des chercheurs de l’Université Guelph il y a quelques années. Parmi les constats de cette recension, il y a celui voulant que les élèves dont le père est très présent obtiennent de meilleures notes que leurs compères de classe qui ne sont pas aussi choyés. Ce constat global peut également se détailler alors que différentes recherches ont déterminé que l’influence d’un père présent se répercute dans les aptitudes en calcul, les aptitudes verbales, ou encore en lecture (un aspect très important pour la réussite et la persévérance scolaires). On souligne aussi que ces mêmes élèves ont souvent une attitude plus positive envers l’école. Ils ont plus de plaisir à aller à l’école, ils participent davantage aux activités extrascolaires et ils ont plus de chance de décrocher leur diplôme. Parallèlement, ces jeunes sont moins susceptibles de s’absenter de l’école, d’être suspendus ou de développer des comportements nuisibles à leur cheminement scolaire. Finalement, l’impact d’un père qui s’intéresse à ce qui se passe à l’école serait non négligeable chez les garçons adolescents, incitant ces derniers à faire plus d’efforts, à accorder plus d’importance aux notes et à valoriser davantage l’école.

Pas de miracle cependant…
Si bon nombre d’études semblent s’accorder sur les bénéfices de la présence paternelle auprès des élèves du primaire et du secondaire, il ne faut pas conclure pour autant qu’un jeune dont le père est absent, ou moyennement présent, part automatiquement avec une prise. Plutôt, les exemples exposés ci-haut devraient être davantage perçus comme des « bonus » accordés à ces élèves, des chances de plus de mieux « réussir ». De fait, un jeune qui vit (par exemple) seulement avec sa mère, mais dans un cadre bien structuré et stimulant, pourra très certainement se développer de façon tout à fait adéquate et réussir à l’école.

Comme dans toutes les études, celles recensées par les chercheurs de Guelph ont des limites, l’une étant la définition même de « l’engagement paternel ». Dans certains cas, on mise sur le temps passé avec l’enfant, dans d’autres sur la qualité de la relation père-enfant, ou encore sur l’idée de l’investissement dans le rôle paternel (celui qui fait la discipline, met des limites mais favorise l’autonomie, etc.). Bref, ce concept n’est pas formellement défini, ce qui exige des nuances.

Au final, il faut retenir de tout cela que le père peut avoir un impact non négligeable sur le cheminement scolaire de ses enfants (et sur bien d’autres aspects, cela dit). Que ce soit en participant à des initiatives comme celle de l’école Jardin-des-Frontières, en aidant fiston dans ses leçons ou en participant aux pratiques de soccer de la plus jeune, la contribution du père est significative et bénéfique.

Originalement publié le 20 juin 2015 dans le quotidien La Tribune (www.lapresse.ca/la-tribune)

 

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Vincent Beaucher, Ph.D.
@Vbeaucher 


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